Financement mutualisé du logiciel libre

27/11/2008

Je m'intéresse de près aux mécanismes de financement mutualisé du logiciel libre. Un des objectifs de ce blog est d'essayer de clarifier cette notion, notamment en soumettant mes idées aux critiques. Ceci est le premier billet d'une série sur ce thème.

Alors que le logiciel libre semble se répandre dans le milieu des entreprises et institutions publiques en douceur puisqu'il ne remet pas fondamentalement en cause le rôle des sociétés de services en informatique (qui se font payer pour le développement, le support, la formation et rarement sur la copie de leurs logiciels et qui peuvent donc "faire du logiciel libre" si le client le demande), il est inexistant chez les éditeurs logiciels (en particulier des logiciels grand public) dont le modèle économique est fondé sur la vente de copies et donc nécessairement opposé au logiciel libre.

Les seules alternatives libres aux logiciels développés par les éditeurs sont développés de manière bénévole. Le développeur bénévole, en le supposant disponible et compétent (ce qui limite grandement), s'engagera dans le développement d'un logiciel libre s'il y trouve un intérêt, que l'intérêt soit direct et immédiat (le logiciel répond directement à son besoin - qui peut être le simple besoin de créer ou d'expérimenter) ou plus indirect (il reçoit de la gratification pour sa participation au développement communautaire, il se sent "utile", etc.)

Le pari du modèle actuel de développement du logiciel libre est que ces formes de gratification (intérêt personnel direct ou reconnaissance) suffisent (ou suffiront) pour répondre à l'ensemble des besoins des utilisateurs. Mais rien n'est moins sûr.

Le modèle de développement des éditeurs logiciels est calqué sur le modèle de production "industriel" : on tente de connaître les besoins des "clients", on développe de A à Z un produit qui tente de répondre aux supposés besoins des clients, une fois le produit développé, on vante ses supposés mérites aux supposés clients. À ce point, on est criblé de dettes, et on a dû auparavant convaincre des investisseurs que notre idée était la meilleure et qu'il y aurait un juteux retour sur investissement.
Lorsque le produit en question est un bien physique, on vend une "copie" du bien à chaque client et on en profite pour ajouter une marge aux coûts en matière première et personnel de la copie pour commencer à rembourser notre investissement. Si malgrè toutes les suppositions sur l'intérêt du produit, le public ciblé, le prix de vente, etc. on arrive à le vendre, (pour limiter le top grand flou de tout ça, on a inventé des métiers comme "responsable marketing", "publiciste", ou encore "économiste" qui consistent à se représenter le public sous forme d'une masse bien lisse ayant un comportement moyen et une psychologie moyenne - qui dépassent rarement le stade de développement du cerveau reptilien), on se prend alors à rêver que la marge sur chaque vente constituera du bénéfice net passé un certain délai et qu'on aura la joie de se faire racheter par un plus gros.

C'est sans se poser de questions, que ce modèle a été appliqué aux logiciels et à la production de biens immatériels numériques. Sauf que le coût de copie d'une oeuvre numérique est quasi-nul, et que le développement aurait donc pu être pensé autrement.

Supposons alors un modèle où la copie n'est pas payante et est même librement distribuable et modifiable (distribution sous licence libre), la seule source possible de rémunération est de faire payer le développement du logiciel lui-même.

Le scénario est alors le suivant : un appel à participations est lancé et une somme objectif est fixée. Si l'ensemble des contributions financières atteind le seuil fixé, le développement est lancé, sinon l'argent est remboursé. Une fois le développement effectué, chacun des "clients" peut profiter du nouveau logiciel.

Le développeur peut ainsi tester directement, sans grand risque, sa supposée géniale idée ou son marché porteur : si les participations financières sont insuffisantes, l'idée est mal "vendue" et le développeur peut revoir sa copie.
Du côté de l'utilisateur, la satisfaction est plus grande puisqu'il peut exprimer directement son besoin et fixer le prix qu'il est prêt à payer.
À un niveau plus global, un tel système garantit une concurrence accrue et évite les situations de monopole où un éditeur (ou plusieurs qui formeraient une oligarchie) continue de profiter. Ceci permet par ailleurs une innovation constante, les licences libres permettant à chacun d'avoir accès à une masse importante de logiciels déjà financés.

Pour que ce scénario fonctionne, il reste quelques questions à résoudre et quelques précautions à prendre qui peuvent déjà être listées. J'espère pouvoir en parler plus en détails dans un prochain billet.